La Fille flûte et autres fragments de futurs brisés  (Pump Six and Other Stories) est un recueil de nouvelles de science-fiction écrit par l’auteur américain Paolo Bacigalupi, publié en 2008 et édité par la maison d’édition Au Diable Vauvert en 2014. Cet auteur s’est largement imposé sur la scène SF ces dernières années et il a raflé de nombreux prix, dont le prix Locus du meilleur recueil de nouvelles 2009 pour La Fille flûte. Cette lecture signe ma première entrée dans l’univers de Paolo Bacigalupi.

 

Photo du livre la Fille Flûte et autres fragments de futurs brisés de Paolo Bacigalupi

Mon avis : une imagination fertile au service d’une vision sombre et pessimiste de notre avenir

 

Que l’on adhère ou non aux univers que Paolo Bacigalupi déploie sous nos yeux, il faut reconnaître que l’auteur ne manque pas d’imagination. Franchement, qui aurait eu l’idée d’opérer des humains pour en faire des instruments de musique afin de les vendre au plus offrant ? L’idée est aussi originale que déroutante. Globalement, les nouvelles de La Fille Flûte et autres fragments de futurs brisés traitent toutes (ou presque) de l’avenir de l’humanité. Le moins que l’on puisse dire, c’est que ces « fragments de futurs brisés » portent bien leur nom : ils sont tous emprunt d’un pessimisme foudroyant, d’autant plus que certains scénarios sont tout à fait envisageables quand on prend le temps de se pencher sur le contexte actuel. À la fois dérangeants, inquiétants et effrayants, ils nous amènent à réfléchir aux dérives potentielles que pourrait connaître notre monde. Et rien que pour ça, le recueil vaut le détour.

Si ces univers possèdent un fort potentiel, ma lecture n’a pourtant pas toujours été facile. De manière générale, j’ai eu du mal à rentrer dans ces mondes que j’ai souvent trouvé complexes à appréhender et qui me laissaient souvent avec plus de questions que de réponses. D’autre part, j’ai trouvé que les nouvelles étaient très hétérogènes : certaines m’ont littéralement happée, d’autres m’ont laissée plus ou moins de marbre et d’autres encore m’ont un peu ennuyée. Par conséquent, je vous propose un bref retour sur les trois histoires qui m’ont le plus marquée :

« La fille flûte »

Avec un titre qui claque et une couverture aussi étonnante qu’attirante, j’étais très impatiente de découvrir cette nouvelle. Malgré tout, je reste sur une touche de déception. Je ne suis pas parvenue à entrer complètement dans cette société paradoxalement futuriste et féodale. Néanmoins, je salue l’imagination complètement délirante de l’auteur qui offre un passage inoubliable, à la fois séduisant et terriblement déroutant. En somme, une nouvelle qui n’était pas à la hauteur de mes attentes mais qui, pour le coup, était réellement originale.

« Peuple de sable et de poussière »

De tout le recueil c’est LA nouvelle qui m’a véritablement fait froid dans le dos. Il m’a fallu quelques pages pour m’acclimater à cet univers hostile, sec et violent, mais une fois dedans je n’ai pas stoppé ma lecture. Dans ce monde post-apocalyptique, les hommes ont renoncé à leur humanité pour leur survie. C’est un monde brutal où la technologie a dévoré la nature et où les hommes sont bourrés d’implants et de modifications génétiques (leurs membres peuvent par exemple se régénérer en quelques heures). Dans cette nouvelle, on suit une équipe en mission qui va se retrouver nez à nez avec un chien. Un vrai chien, animal que l’on est censé trouvé dans des zoos puisque les animaux sont incapables de survivre dans cet environnement contaminé. La nouvelle brille par sa capacité à rendre ce qui nous semble banal (un chien) en quelque chose d’anormal à travers le regard de ces « hommes ». J’emploie volontairement des guillemets car le récit nous interroge aussi sur ces derniers qui, pour se sustenter, mangent naturellement des cailloux et de la boue. Sont-ils encore des hommes ? 

« Groupe d’intervention »

Cette nouvelle se déroule dans un monde où les hommes sont parvenus à trouver le secret de la jeunesse éternelle (grâce à des transfusions périodiques). Seulement, qui dit immortalité dit aussi risque de surpopulation. C’est pourquoi on interdit aux hommes et aux femmes d’avoir des enfants. Malgré cette interdiction, beaucoup de femmes préfèrent renoncer à leurs transfusions pour pouvoir tomber enceinte et tenter d’élever leur progéniture. Je dis bien « tenter » car ces femmes sont la proie des policiers qui sont chargés de les arrêter et d’exécuter leurs enfants qui finissent…je vous laisse découvrir où. C’est justement l’un de ces policiers que l’on suit. Apparaissant d’abord comme un simple exécuteur d’ordre, le personnage va progressivement être obsédé par les raisons qui poussent ces femmes à agir ainsi alors que lui ne voit que le bon côté de la vie éternelle. « Groupe d’intervention » est peut-être la nouvelle la plus choquante du recueil : les exécutions sont violentes et le détachement des policiers par rapport à leurs actes est vraiment écoeurant. Cette histoire m’a beaucoup fait pensé à Futu.re (2013) de Dmitri Glukhovsky. Bref, une nouvelle où il est impossible de rester indifférent et qui nous pousse à nous interroger sur le prix que nous serions prêt à payer pour notre immortalité.

Alors, on se jette dessus ?

La Fille flûte et autres fragments de futurs brisés est un recueil de nouvelles de science-fiction dont les récits sont tous plus originaux les uns que les autres. Malgré tout, j’ai eu du mal à adhérer à tous les univers. J’ai trouvé que certains d’entre eux étaient trop denses pour le format « nouvelle » et je pense que c’est ce qui m’a parfois un peu perdue. En revanche, on ne peut que reconnaître l’imagination fertile de cet auteur qui m’a donné envie de découvrir ses romans.

Autres critiques : BlackWolf, Lune, Ewylyn, Xapur, …

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