Le Golem et le Djinn est un roman de fantasy écrit par l’auteure américaine Helene Wecker et publié pour la première fois en français en 2015 chez les éditions Robert Laffont (avec pour titre La Femme d’argile et l’homme de feu). Je possède pour ma part l’édition de Bragelonne parue en octobre 2016. Pendant les périodes de fêtes, j’ai eu envie de me replonger dans ce récit enchanteur qui m’avait beaucoup émue. Et c’est toujours le cas après cette deuxième lecture.

 

Couverture du livre Le Golem et le Djinn d'Helene Wecker

 

4ème de couverture

1899. De la Pologne à New York, Chava, mystérieuse femme d’argile affranchie par la disparition de son créateur, un rabbin qui s’est détourné de sa foi, prend peu à peu conscience du monde. Après des siècles de réclusion, Ahmad, djinn de feu aux pouvoirs étranges, est libéré de sa prison par accident, dans l’atelier d’un artisan oriental. Dans les dédales du Manhattan de l’époque, la rencontre de hasard de ces deux êtres d’exception, seuls à se voir tels qu’ils sont vraiment, va inspirer une magnifique histoire d’amour et de liberté sur fond de choc des cultures, au coeur d’un âge de tous les possibles.

 

La femme d’argile et l’homme de feu

Le Golem et le Djinn est l’une de ces lectures coup de coeur qui, en plus de me faire passer un merveilleux moment, continue à m’habiter une fois le livre refermé.

Le roman marquait déjà un bon point à mes yeux en introduisant deux créatures qu’on ne croise pas tous les jours dans le paysage littéraire. D’un côté il y a Chava, la golem, dont la puissance n’a d’égal que sa prudence à l’égard des humains. Quand son maître et époux meurt à bord d’un navire en partance pour New York, elle se retrouve seule avec sa peur et sa méconnaissance du monde. Dans son infortune, elle croise la route de Rabbi Meyer, un vieux Rabin qui la prend sous son aile et qui va l’aider à se définir par elle-même. De l’autre côté il y a Ahmad, un djinn qui se réveille dans l’atelier d’un dinandier des siècles après sa capture par un magicien. Sans souvenir et prisonnier dans une enveloppe humaine, il va devoir se mêler malgré lui parmi les humains, même s’il ne désespère pas de retrouver un jour sa liberté.

La rencontre de ces deux personnages opposés de part leur nature (la terre et le feu), leur caractère (la prudence et l’arrogance) ou encore leurs aspirations (le cloisonnement et la liberté) est sans doute le moment le plus attendu du lecteur. On l’attend peut-être un peu trop longtemps d’ailleurs, mais le soin qu’Helene Wecker a mit dans cette scène et dans les dialogues récompense notre patience. À partir de là, on se prend à attendre avec hâte les prochaines rencontres dont chacune nous offre des dialogues mémorables, jamais cucul la praline et toujours percutants.

 

Un roman d’ambiance

L’autre point fort du roman à mes yeux est sans conteste son ambiance. Nous sommes en 1899, dans une Amérique en pleine effervescence où l’immigration bat son plein. Beaucoup de critiques soulignent le travail de l’auteur sur le plan historique et culturel. Personnellement, ce n’est pas une période que je connais particulièrement donc je ne peux pas trop juger. Ce qui est sûr en revanche, c’est que l’ensemble du roman m’a paru cohérent et authentique. La plume simple et descriptive de l’auteur nous transporte à la manière d’un conte et renforce l’immersion.

Dans cette Amérique de tous les possibles, Helene Wecker aborde également de nombreuses thématiques : l’espoir de se créer une nouvelle et meilleure vie, l’intégration, la solidarité entre communautés mais aussi la solitude, le fossé entre richesse et pauvreté ou encore le conflit entre les traditions et la modernité. J’ai trouvé assez incroyable la manière dont l’auteur a réussi à cristalliser l’esprit et les couleurs d’une époque en abordant autant de sujets variés. Il faut dire que les personnages y sont pour beaucoup, et pas seulement les deux héros. À travers la communauté juive du côté de Chava et la communauté arabe du côté d’Ahmad, on rencontre une multitude de personnages très différents et marquants, chacun à sa manière. Le coup de plume de l’auteur pour les caractériser en quelques phrases et leur donner une vraie profondeur est d’ailleurs assez incroyable.

 

Une intrigue intéressante et un dénouement inattendu

Quand on sait qu’on met les pieds dans un roman d’ambiance, on ne s’attend pas à un rythme particulièrement dynamique. Le Golem et le Djinn ne fait pas exception à la règle. Si la lente progression du récit ne m’a pas dérangée, je dois admettre que j’ai ressenti à 2 ou 3 reprises un effet de stagnation. Je me souviens même m’être demandée à plusieurs reprises, lors de ma première lecture, où l’auteure voulait m’emmener. La vérité, c’est qu’Helene Wecker sait très bien où elle veut nous emmener et comment.

Du côté de Chava par exemple, on sait dès le début qu’elle a une épée de damoclès au dessus de la tête. Déjà, il y a le fait que créer un golem à l’image de l’homme, avec une dose d’intelligence et de curiosité, est presque impossible selon son créateur. Ensuite, comme tout golem, Chava dispose d’une force hors du commun, une faculté pas toujours facile à dissimuler. Enfin, il y a le terrible avertissement de son créateur au tout début du livre, quand il s’apprête à la livrer à son mari : « Tous les golems finissent fous furieux. Tu dois te préparer à la détruire un jour. ». Autant d’éléments qui vont donc accompagner le lecteur pendant l’ensemble du récit, alors même qu’il verra Chava lutter contre sa propre nature et se frayer son propre chemin. Du côté d’Ahmad, la quête de liberté et la reconstitution de ses derniers moments en tant que djinn libre sont aussi au coeur du récit. La plupart des chapitres qui adoptent son point de vue sont découpés en deux parties dont l’une nous narre les événements qui se sont passés des siècles auparavant.

Dans la première partie du roman, il est donc difficile de trouver le lien entre le golem et le djinn. Tout comme il est impossible d’anticiper la fin. Pourtant, on sent que leur rencontre n’est pas complètement du au hasard. Sans spoiler, l’intrigue déroulée par l’auteur est fine, intelligente, et le dénouement est aussi brillant qu’inattendu. Je regrette seulement que la convergence de toutes les lignes ait été aussi expéditive. Autant Helene Wecker a l’art de poser son récit, autant elle est un peu trop directe dans sa manière de « conclure ».

 

Alors, on se jette dessus ?

Ma deuxième lecture du roman Le Golem et le Djinn d’Helene Wecker confirme le coup de coeur que j’avais eu la première fois. C’est d’abord une histoire portée par deux personnages extraordinaires, captivants et attachants, qui tentent de trouver leur place dans ce monde à la fois effrayant mais dont le champ des possibles s’offrent à eux. C’est aussi une histoire qui parle de choix, de libre-arbitre, de lutte contre un destin qui semble tout tracé, des rapports complexes entre individus. Bien sûr, pour les amateurs d’actions le livre semblera sans doute ennuyeux. Pour les autres, ce sera un formidable voyage.

 

Autres critiques : BlackWolf, Gromovar, Xapur, Ptitelfe, Elbakin.

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2 thoughts on “Le Golem et le Djinn, Helene Wecker”

    1. Mais de rien 🙂 J’ai lu sur Booknode que le deuxième tome a été publié en 2018 aux Etats-Unis. J’ai hâte qu’il soit traduit et édité en France.

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