S’accrocher aux étoiles est un roman de science-fiction écrit par l’auteur britannique Katie Khan et publié en mai 2018 aux Super 8 Editions. Je ne suis pas quelqu’un que l’on pourrait qualifier de « fleur bleue », mais j’aime bien de temps en temps les belles histoires d’amour bien construites. Je ne suis pas non plus une grande fan de la Saint Valentin, mais on va dire que d’un point de vue éditorial, cette lecture tombe à pic ! Alors, cette « love story » met-elle vraiment des étoiles plein les yeux ?

 

4ème de couverture

Dérivant dans l’espace, Carys et Max n’ont plus que 90 minutes d’oxygène disponibles. 90 minutes cruciales durant lesquelles, de toutes les façons imaginables, ils vont tenter de sauver leur vie. Parce qu’ils ne peuvent pas se perdre maintenant. Pas après ce qu’ils ont traversé.

Accrochés l’un à l’autre, ils regardent la planète bleue s’éloigner, se souviennent de leur rencontre, et évoquent la vie qu’ils laissent derrière eux : une société prétendument idéale, une utopie révolutionnaire où, au nom du progrès et de l’avenir, l’amour véritable a été banni. Le meilleur des mondes, leur a-t-on répété. Mais peut-on, au nom d’un intérêt supérieur, oublier ce qu’on est, ce qu’on a été, ce qu’on aurait pu être ?

Mon avis

S’accrocher aux étoiles nous propulse dans l’espace mais aussi dans un futur lointain où le monde, tel que nous le connaissons, a beaucoup changé. L’Union Européenne n’est plus, remplacée par Europia, une sorte de monde utopique. Comment Europia a été créée, ça on ne le sait pas trop malgré quelques bribes d’information semées ici et là. En revanche, on découvre un système qui repose sur une notion intéressante : l’absence d’identité nationale. Celle-ci se manifeste de différentes manières comme le fait que les pays n’ont plus de nom et qu’ils sont désignés par un numéro (Voïvode 1, Voïvode 2…), ou encore le fait que chaque citoyen est obligé de changer de pays tous les 3 ans. Avec la montée des mouvements nationalistes actuels, j’ai trouvé l’idée plutôt intelligente, même si j’aurais voulu que ce soit un peu plus creusé.

Vous me direz peut-être : mais où est l’histoire d’amour dans tout ça ? Il faut savoir que l’autre notion importante dans Europia, c’est l’individualisme. La philosophie de ce monde utopique pourrait se résumer à « donnez vos meilleures années à Europia en travaillant pour le bien de tous et installez vous pour fonder une famille après vos 35 ans ». Il existe d’ailleurs une « Règle sur le couple » qui interdit formellement de se mettre en ménage avant d’avoir atteint cet âge. Et arrive ce qui est inévitable : deux individus tombent amoureux et sont bien décidés à rester ensemble.

Ces deux amoureux, ce sont Carys et Max. On les découvre dérivant dans l’espace avec 90 minutes d’oxygène et une chance si infime de s’en sortir…qu’on est presque sûr qu’ils ne s’en sortiront pas. J’étais un peu sceptique quant à la manière dont l’auteur allait tenir le rythme sur 350 pages. Certes ce n’est pas énorme et les pages se tournent vite, mais 1h30 dans l’espace à se battre contre un destin tragique, ça aurait pu tourner à l’ennui. Heureusement, il n’en n’est rien ! On voit certes Carys et Max rivaliser d’ingéniosité et tenter l’improbable pour rejoindre leur vaisseau, mais entre chaque tentative ou morceau de dialogue cosmique, on apprend à connaître ces deux héros à travers leurs souvenirs et leurs regrets.

Qui sont Carys et Max ? Comment se sont-ils rencontrés ? Comment ont-ils pu s’aimer malgré les lois d’Europia ? Comment se sont-ils retrouvés dans l’espace ? C’est autour de ces différentes questions que Katie Khan entretient la curiosité du lecteur. Peu descriptif, S’accrocher aux étoiles nous porte avant tout avec des dialogues dynamiques qui donnent une vraie consistance aux personnages. Les deux amoureux sont d’ailleurs aussi attachants l’un que l’autre : j’ai vraiment pris plaisir à les découvrir, tout comme leur histoire.

On pourrait croire que les retours dans le passé sont une facilité pour faire durer le roman, mais pas du tout. Après tout, que peut-on bien faire quand on se retrouve coincé dans l’espace avec l’être aimé et 90 minutes à vivre ? Il reste la parole pour évoquer les souvenirs, pour demander pardon, pour éclaircir les non-dits. C’est aussi l’occasion de prendre du recul sur ce qui les a mené là, sur Europia, ce monde qui prétend vouloir le bien de tous et qui a décidé de bannir l’amour. Mais au-delà de l’amour, ce sont aussi les relations humaines dans leur ensemble qui sont touchées : en changeant de pays tous les 3 ans, cela laisse peu de place aux relations amicales profondes et de longue durée. Ne pouvant ni se rattacher à des racines (abolissement de l’identité nationale) ni se construire avec les autres, S’accrocher aux étoiles ouvre la voie à de nombreuses réflexions sur le bonheur, l’identité, les rapports humains, ou encore les sacrifices que l’on est prêt à faire pour un monde meilleur.

« Nous avons tout ce qu’il nous faut, plus aucune raison de nous battre. Ça nous rend malheureux. » Carys, p.231

Alors, on s’accroche aux étoiles ?

S’accrocher aux étoiles est un roman de science-fiction prenant et porté par deux amoureux cosmiques inoubliables. À travers l’histoire d’amour des deux personnages principaux, Katie Khan nous présente une vision d’un monde utopique / dystopique (à vous de voir) dont le crédo pourrait se résumer à « l’individualisme quand tu es jeune, l’amour quand tu es vieux. » (p.46). Si ce modèle de société présente certes des avantages (la paix, le fait de ne manquer de rien, l’enrichissement de chaque expérience…), l’auteure nous amène habilement à le remettre en question. Bref, un bon moment à passer dans les étoiles !

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